“Le chantier d’insertion peut être un tremplin, parfois aussi une période pour reprendre confiance en soi.”
Entretenir nos rivières tout en accompagnant des personnes vers un nouveau départ : c’est le quotidien de Maxime Rebillart. Entre travail en plein air et évolution des pratiques face au changement climatique, il nous raconte un métier de terrain, où la dimension environnementale et humaine sont au cœur de ses missions.
Peux-tu te présenter et nous dire en quoi consiste ton métier ?
Je suis chef d’équipe rivières au sein d’un atelier chantier d’insertion (ACI). Avec mon adjoint, nous encadrons jusqu’à 6 agents en contrat d’insertion professionnelle.
Notre travail sur les rivières est très varié : entretien de la végétation, gestion des plantes envahissantes, aménagement des berges pour limiter l’érosion, entretien des passes à poissons, prévention des inondations… Nous pouvons aussi intervenir sur des chantiers plus importants pour redessiner certains cours d’eau.
Notre manière de travailler évolue beaucoup. Avant, on avait plutôt tendance à « nettoyer » les cours d’eau et à enlever les obstacles. Aujourd’hui, on cherche davantage à ralentir l’eau et à s’inspirer du fonctionnement naturel des rivières. Sur certains chantiers, qu’on appelle “low-tech”, on recrée des obstacles avec du bois et de la végétation trouvés sur place. L’objectif est de retenir davantage l’eau pour favoriser la recharge des nappes et des terres environnantes, notamment en prévision des périodes de sécheresse. C’est assez nouveau pour nous et très intéressant à mettre en œuvre.
Quel parcours t’a amené à exercer ce métier ?
Je suis arrivé là un peu par hasard ! À l’origine, j’ai une formation plutôt orientée vers la maintenance et l’électrotechnique, et j’ai travaillé dans différentes usines de la région. J’ai aussi été éducateur canin.
J’avais auparavant travaillé en intérim pour la SAUR, une expérience qui m’a sans doute aidé à intégrer le service eau potable de Loire Forez début 2023, comme fontainier. Nous partagions alors les locaux de Saint-Georges-en-Couzan avec l’équipe rivières. C’est comme ça que j’ai découvert ce service, que je ne connaissais pas du tout. Quelques mois plus tard, j’ai postulé comme adjoint au chef d’équipe rivières, avant de devenir chef d’équipe.
À quoi ressemble une journée type ?
La journée commence à Boën-sur-Lignon. Comme certains agents n’ont pas de moyen de transport, nous avons mis en place une navette jusqu’à Saint-Georges-en-Couzan. Une fois sur place, nous préparons les véhicules et chargeons le matériel nécessaire, puis nous partons sur le chantier.
Notre terrain d’intervention est assez vaste : il couvre les rivières du Lignon, de l’Anzon et du Vizézy ainsi que leurs affluents. On peut aussi bien travailler vers Chalmazel qu’à proximité de Feurs ou sur les têtes de bassin au-dessus de Montbrison. Et selon le chantier, on utilise tronçonneuses, débroussailleuses, treuil forestier, broyeur ou encore du matériel pour refaire des clôtures.
Nous mangeons souvent directement à proximité du chantier et, l’été, nous travaillons régulièrement en journée continue. En fin de journée, on retourne à Saint-Georges-en-Couzan pour décharger les véhicules et entretenir le matériel, puis je ramène l’équipe à Boën-sur-Lignon. Le vendredi, les agents – qui sont en contrat de 30h – ne travaillent pas, cette journée est mise à profit pour gérer l’administratif, récupérer les commandes ou repérer les futurs chantiers.


Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail ?
Ce que j’aime, c’est justement la combinaison entre un travail physique en extérieur, la proximité avec la nature et toute la dimension sociale. Je trouve que c’est un super cadre pour accompagner les agents que nous encadrons.
On travaille constamment dehors, au contact des cours d’eau, et on apprend de plus en plus à observer la nature plutôt qu’à intervenir systématiquement. Avec le changement climatique, les rivières connaissent des événements plus extrêmes, comme les sécheresses et les inondations. Notre métier évolue avec elles : on observe davantage leur fonctionnement et on s’en inspire.
Mais ma plus grande satisfaction reste de voir les personnes que nous accompagnons évoluer. Certaines découvrent un intérêt pour les métiers de plein air alors qu’elles en étaient très éloignées. Et surtout, elles reprennent confiance en elles. Quand on apprend à utiliser certains outils, parfois dangereux, ou à abattre un arbre et qu’on se rend compte qu’on est capable de le faire, cela peut donner un vrai coup de boost. Cette confiance retrouvée peut ouvrir beaucoup de portes.
Tout est lié. Prendre soin de la rivière,
c’est une première étape pour améliorer
la situation de demain.
Quelles qualités sont importantes à tes yeux pour exercer ton métier ?
Bien sûr, il faut aimer travailler dehors, être à l’aise avec un métier physique et savoir s’adapter, car les chantiers et les conditions changent régulièrement. Mais pour moi, la dimension humaine est tout aussi importante que la dimension technique.
Notre rôle n’est pas simplement d’apprendre aux agents à travailler en rivière ou de leur donner envie d’exercer un métier en extérieur. Le chantier d’insertion peut être un tremplin, mais aussi parfois une période qui permet de retrouver de la stabilité, de reprendre confiance en soi et de reconstruire progressivement un projet professionnel.
Certaines personnes arrivent après des parcours compliqués. Ce temps dans l’équipe peut leur permettre de souffler, de retrouver un cadre et de réfléchir à la suite. Cela demande de savoir encadrer, écouter et s’adapter à chacun. Et nous ne sommes pas seuls dans cet accompagnement : notre collègue Anna, conseillère en insertion professionnelle, reçoit régulièrement les agents et les aide aussi bien dans leurs démarches administratives que dans la construction de leur projet professionnel. Celui-ci peut d’ailleurs être très éloigné des métiers de l’environnement. L’important, c’est que chacun puisse avancer.
Pour conclure, quel message aimerais-tu transmettre ?
Je pense qu’il faut vraiment considérer le cycle de l’eau comme un tout. Quand les niveaux d’eau sont bas, la question ne concerne pas uniquement l’eau potable. Tout est lié. Prendre soin de la rivière, c’est une première étape pour améliorer la situation de demain. Si nous arrivons à mieux retenir l’eau dans les cours d’eau et dans les milieux naturels, notamment pendant les périodes critiques, cela peut bénéficier à toutes et tous.